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Accueillir des enfants non francophones à l’école

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L’Education nationale accueille dans ses établissements scolaires un peu moins de 0,5 % d’élèves non francophones sur l’ensemble de la population scolaire. En école élémentaire, plus de 80 % d’entre eux bénéficient d’une scolarité dans une classe spécifique ou d’un soutien ponctuel. Mais certains élèves ne peuvent bénéficier de ces dispositifs pour apprendre la langue française, car ils n’existent pas à proximité…

Ces enfants non francophones ne bénéficiant pas de soutiens spécifiques sont donc rattachés à un établissement et intégrés dans une classe ordinaire. Ces enfants ne sont pas obligatoirement repérés tout de suite par les enseignants. Ceux-ci ne sont pas formés pour prendre en charge ces enfants et, lorsque certains d’entre eux essayent de mettre en place des démarches pédagogiques ajustées aux élèves étrangers, ils rencontrent parfois une forte hostilité de la part de leurs collègues, parce qu’ils ne sont pas prêts à oser innover et sans doute aussi parce qu’ils ne se sentent pas au service des enfants dont ils ont la charge.
Une enseignante fait ici le récit d’une expérience d’accueil d’une enfant anglaise au collège.

Une anglaise à l’école en France
Une jeune fille anglaise, Sally, arrive en 6ème, dans un collège, à la rentrée scolaire. Elle a été inscrite dans ce niveau, qui correspond à son âge, sur décision rectorale.
Sally est bien accueillie par les autres élèves. Elle parle un peu français et se montre au départ enthousiaste et souriante. L’équipe pédagogique, pas du tout préparée à cette situation inhabituelle, observe la situation…
Fin novembre, soit trois mois après la rentrée, Sally sourit beaucoup moins, tandis que quelques-uns de ses enseignants élèvent la voix contre les parents de la jeune fille qu’ils jugent « irresponsables » ! La conseillère d’éducation instaure alors l’accompagnement de Sally par une surveillante afin de l’aider à revoir ses leçons. Mais dans les premières semaines de janvier, Sally ne sourit plus du tout et une profonde tristesse se lit dans ses yeux.

Un soutien spécifique nécessaire mais mal perçu
Je cherche alors à aider Sally, dans le cadre de mes propres cours. Je discute d’abord avec elle de ce qui se passe, de ce qu’elle ressent et je lui propose d’essayer quelque chose, qui va nous demander à toutes les deux une part de travail : je traduis en avance le vocabulaire dont nous avons besoin pour tel cours et je lui demande d’apprendre la liste ainsi établie. Je lui indique également, en anglais, le sujet du cours et les documents que nous aurons à étudier en classe (je demande à une collègue parfaitement anglophone de vérifier les listes que je rédige).
Pour les travaux écrits, nous convenons que Sally essaye de répondre en français mais que, si un mot lui manque, elle peut recourir à l’anglais. Nous procédons de même lors des évaluations, durant lesquelles je traduis les termes qu’elle ne comprend pas. L’objectif que je poursuis ainsi est qu’elle s’accroche au sens de ce qui se dit en classe ; et je lui laisse du temps pour qu’elle arrive à se sentir à l’aise dans la manipulation de la langue française.
Les résultats chiffrés de chaque évaluation sont très positifs mais mes collègues, à ma grande surprise, n’apprécient pas du tout ma manière d’aider Sally. En effet, au conseil de classe du second trimestre, ma collègue, professeure principale affirme (devant les parents, les élèves, la représentante de l’administration et les autres professeurs) que je mets à Sally des notes de complaisance…
Je continue cependant jusqu’à la fin de l’année ce qui a été commencé et progressivement Sally devient plus sûre d’elle. Certes, cela ne l’a pas empêchée de redoubler mais elle a pu ensuite achever ses études secondaires.

 

Edith Tartar Goddet
Présidente de l’AP2E (Association Protestante pour l’Education et l’Enseignement).
Article rédigé avec une enseignante membre de cette association.

Source : Education, Proteste n°134, juin 2013

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