Les valeurs

Un terme « fourre-tout » utilisé en toute occasion. Tout le monde a des valeurs, estime qu’il est important d’en avoir et regrette que notre société les oublie.

Ce concept a donc l’air de faire consensus. Mais au fait, de quoi parle-ton quand on invoque ce mot ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question dans l’espace d’un article. Tout au plus voudrais-je pointer le fait que quand on a dit « valeurs », on n’a rien dit. Le sujet est d’une grande complexité, et fait même l’objet d’une science.

La nécessité de définir les valeurs qu’on porte
Le saviez-vous ? La science des valeurs est l’axiologie ! Ce n’est pas l’éthique ou la morale, mais ça s’en rapproche. Toujours est-il que des savants ont cherché à mettre de l’ordre dans ce concept fl ou. Ainsi la théorie des valeurs universelles de Schwartz repère-t-elle 10 valeurs principales que l’on retrouve dans à peu près toutes les cultures, et que l’on peut répartir en quatre catégories : l’affirmation de soi et l’ouverture au changement (catégories centrées sur la personne), la continuité et le dépassement de soi (catégories centrées sur le social). On constate tout de suite que ces catégories sont souvent antagonistes : ainsi la valeur « pouvoir » (affirmation de soi) est-elle difficilement compatible avec la valeur « bienveillance » (dépassement de soi), ou la valeur « sécurité » (continuité) avec la valeur « autonomie » (ouverture au changement). Le mot « valeur » ne peut donc être employé sans préciser de quelle valeur on parle, ni surtout quelle importance relative on lui accorde.
La lecture du travail de Schwartz (discutable comme toute théorie) me conduit à trois observations :
• Quels que soient les groupes sociaux interrogés, la hiérarchie des valeurs est à peu près toujours la même : en tête, la bienveillance, l’universalisme (justice, liberté,…) et l’autonomie. La sécurité arrive en 4ème place, et le pouvoir en dernier. Les valeurs qui arrivent en tête sont précisément celles que nous essayons de promouvoir dans le secteur médico-social : invitation à faire davantage entendre notre voix ?
• Le travail n’est pas une valeur : ce qui constitue une valeur, c’est ce que nous voulons en faire : survivre, créer, aider,…
• La spiritualité (autre mot fourre-tout) n’est pas non plus une valeur : selon les individus ou les groupes, la vie spirituelle vise le respect de la tradition ou la promotion des valeurs universelles de justice et de liberté.

S’investir dans ce qui nous paraît le plus important
Bref, un vaste sujet, à débattre et à approfondir. J’y vois un lien avec de nombreuses paroles d’Evangile, par exemple lorsque le Christ dit « Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur » (Matth.6, 21) : notre cœur, notre volonté, notre énergie s’investissent d’abord dans ce qui nous paraît le plus important. A méditer en ce temps de rentrée où de nombreuses décisions et de multiples choix s’offrent à nous…

 

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Christian Albecker
Directeur général de la Fondation Sonnenhof
Article extrait de La Vie du Sonnenhof (sept. 2013)

Source : Regards, Proteste n°135, octobre 2013

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