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Cinq pains et deux poissons pour un projet collectif

poissons

Le texte de la multiplication des pains est un récit que l’on trouve six fois dans les évangiles*. Les versions ne diffèrent pas fondamentalement les unes des autres. Que nous enseigne ce texte sur la « gestion de crise » ?

À la fin d’une journée d’enseignement, alors que les disciples proposent que l’on renvoie la foule pour qu’elle aille s’acheter à manger, Jésus demande à ses disciples de nourrir eux-mêmes cette foule. Les disciples protestent qu’ils n’ont là que cinq pains et deux poissons pour nourrir une foule de plusieurs milliers de personnes. Jésus rassure, installe la foule, bénit les pains et les poissons et distribue les victuailles. Tout le monde mange à sa faim et l’on arrive même à remplir douze paniers de restes. C’est un miracle bien sûr ! Mais n’oublions pas que le texte biblique évoque une société « enchantée » où le miracle fait partie de la vie et où des thaumaturges de tous poils enfreignent tous les jours les règles naturelles.

Créer un corps social uni…
Jésus dans la société de son époque n’est pas étonnant parce qu’il fait des miracles, il est étonnant dans sa manière de pratiquer et d’interpréter ses propres miracles. Peu de manifestations spectaculaires, pas de mise en avant de sa personne, économie des gestes, importance de la parole… Que se joue-t-il ici ? L’alternative n’est pas : manger ou ne pas manger. Mais manger ensemble ou manger séparément. L’objectif de Jésus est de faire de cette foule qu’on dit perdue et sans repères au début du texte, un corps social uni et cohérent. Le vrai miracle est là : créer du lien, donner du sens. Au début du texte, on nous dit qu’il guérit les malades et enseigne cette foule. Et les disciples en seraient bien restés là pour aller eux aussi se reposer à la fi n de la journée, mais Jésus souhaite que toutes ces individualités se transforment en projet collectif. La foule, qui suivait Jésus jusque dans ce lieu désert où il avait souhaité se mettre à l’écart, venait à lui pour guérir leur maladie ou, comme on dirait aujourd’hui, leur crise existentielle personnelle. Jésus transforme la demande égoïste en gigantesque festin communautaire.

…dans un contexte de crise
Le texte part d’une situation de crise : il n’y a que cinq pains et deux poissons, situation que les disciples ne manquent pas de souligner. Cette situation de crise est ignorée par Jésus, non par mépris, mais parce qu’il a la conviction que l’histoire de cette journée n’aura une fi n qu’une fois un geste collectif accompli. Le point de départ n’est donc pas une situation d’abondance, qui n’aurait donné aucune valeur au geste et donc au projet, mais une situation d’insuffisance. Jésus bâtit sa visée commune sur le dépassement des situations de crise et, dans ce cas précis, il permet à des milliers de personnes de partager le même pain et le même poisson, d’avoir en même temps la même expérience, la saveur du « peu » transformée. Les douze paniers de restes évoquent la surabondance et la générosité du collectif, du communautaire quand il ne se replie pas sur ses frontières. Celles-ci n’étaient tracées que pour la journée et c’est à nous que sont destinés ces paniers de restes.

* Un dans chaque évangile, deux fois dans l’évangile de Marc et deux fois dans l’évangile de Matthieu.

 

Brice Deymié
Aumônier national des prisons

Source : Graine de sel, Proteste n°137, mars 2014

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