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Une nouvelle loi pénale qui fera appel au bénévolat

La nouvelle loi pénale, qui sera débattue au parlement après les élections municipales, propose deux innovations : une nouvelle peine, la contrainte pénale et l’accompagnement des sorties de prison.
Mais quels seront les moyens d’accompagnement, en cette période de crise des finances publiques ?

Dans le cas de la « contrainte pénale », il s’agit d’une peine qui ressemble au sursis mis à l’épreuve sauf qu’aucune peine de prison n’y est associée. Cette peine concernera les délits punissables de moins de cinq ans de prison. Elle consistera donc essentiellement en une série de contraintes et d’obligations imposées au condamné. Le condamné sera dans le même temps accompagné pour construire un projet d’insertion dans la société et pour vérifier qu’il effectue bien les obligations liées à la peine. Dans le cas de l’accompagnement des sorties de prison, le législateur souhaite éviter le plus possible que les personnes sortent de prison sans accompagnement, ce qui est le cas aujourd’hui pour 60 % d’entre eux. Les statistiques montrent que plus la sortie est accompagnée, moins il y a de risque de récidive.

Une loi qui va dans le bon sens
Cette loi pénale va incontestablement dans le bon sens en voulant éviter que des personnes rentrent en prison pour des petites peines. Tous ceux qui travaillent dans les prisons savent combien ces petites peines ont un coût humain et social énorme et présentent peu d’avantages, même celui de l’exemplarité. Cette loi va également dans le bon sens lorsqu’elle souhaite une mise en liberté progressive de la personne. Le choc carcéral est rude à l’entrée mais le choc de la sortie est tout aussi âpre s’il n’est pas préparé.
Là où le bât blesse, c’est que toutes ces mesures, pour être efficaces, nécessitent un nombre important de travailleurs sociaux. La ministre a promis d’embaucher 300 nouveaux conseillers d’insertion et de probation alors qu’il en faudrait au moins 1 000. Chaque conseiller en milieu ouvert ou en milieu fermé gère une centaine de dossiers : il est donc impossible de faire réellement un bon travail d’accompagnement.

Mobiliser les bénévoles
La contrainte financière importante par ces temps de crise devrait donc permettre d’entamer une réflexion sur l’emploi de bénévoles pour aider les structures d’État.
On estime que chaque jour 20 000 personnes, qui ne sont pas membres de l’administration pénitentiaire, entrent en prison : ce sont des médecins, des infirmiers mais aussi beaucoup de bénévoles d’associations venus pour donner des cours, faire de la musique, aider à écrire des lettres, les aumôniers, des visiteurs… Mais le bénévole est souvent considéré comme a priori incompétent, insuffisamment formé et peu digne de siéger à la même table que les professionnels.
Pourtant, la mise en place de la contrainte pénale et de l’accompagnement des sorties de prison ne pourra se faire sans une mobilisation sans précédent du corps social et donc, en premier lieu, de toutes les associations, communautés d’Églises et de foi, groupements d’intérêts divers qui constituent, qu’on le veuille ou non, la société.
La crise devrait permettre d’aller chercher dans le local, le commun, l’habituel, le ciment d’un nouveau genre de socialité où la fonction publique ne jouerait plus le rôle de cadre mais de passeur, de facilitateur. Cette dernière responsabiliserait l’acteur local sans lui imposer son langage et son point de vue. Les associations deviendraient non plus des palliatifs aux insuffisances de l’État mais de véritables partenaires. Ce n’est qu’à cette condition que la réforme pénale en cours réussira.

 

Brice Deymié
Aumônier national des prisons

Source : Grâce à la crise, refonder l’action, Proteste n°137, mars 2014

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