Handicap : rendre les résidents autonomes

Habiter ne va pas de soi, même avec un toit sur la tête. Cette problématique se révèle particulièrement aigüe lorsque le résident est en souffrance psychique. Reportage.

Dans le Val-de-Marne, au SAVS/SAMSAH (1) de l’Haÿ-les-Roses et à la résidence accueil (2) de Chevilly- Larue, 55 résidents en souffrance psychique et seuls la plupart du temps, sont accompagnés par les équipes de la Fondation des Amis de l’Atelier. Les difficultés liées à « l’habiter » font partie intégrante de l’accompagnement social.
D’autant que certaines personnes admises à la résidence accueil n’ont jamais vécu en logement autonome. Elles vivaient parfois à l’hôpital, en appartement thérapeutique, dans leur famille, voire dans la rue.

Une appropriation difficile de l’espace privé
Tout d’abord, les équipes d’accompagnement doivent être vigilantes à ce que le logement ne devienne pas un lieu d’enfermement.
C’est pourquoi elles mettent en oeuvre une veille permanente pour évaluer si le résident sort bien de chez lui et s’il a un minimum de relations, ne serait-ce qu’avec son voisinage. Il s’agit-là d’un enjeu majeur pour des personnes qui, justement, souffrent de troubles dans la relation à autrui. L’inverse de l’isolement peut également se produire, lorsque le locataire, incapable de « dire non », se laisse envahir par son entourage. La maladie psychique rend en effet la personne vulnérable, incapable de se protéger de sollicitations non désirées, souvent d’ailleurs par loyauté vis-à-vis d’anciennes relations de la rue ou de l’hôpital elles-mêmes en difficulté. Les équipes aident ainsi le résident à défendre son intimité, à rester maître de son chez soi.
L’hygiène du logement est aussi abordée. Mais cet aspect est difficile à appréhender tant il est subjectif. À partir de quand considérer qu’un logement est mal entretenu ? Comment aider dans ce domaine délicat qui touche au privé et à l’intime ? Comment accompagner sans être trop intrusif, sans persécuter, d’autant que l’état du logement peut être le reflet de la situation psychique de la personne ? Les équipes ont, par exemple, accompagné durant plusieurs années un résident qui entretenait mal son studio. Il disait souvent : « l’état de mon studio, c’est comme c’est dans ma tête». Mais les interventions à son domicile le gênaient au point qu’il éprouvait de fortes angoisses, même la veille de la visite à domicile. Il a donc été convenu avec lui que son ménage soit réalisé, en son absence, par une aide ménagère et tout est allé mieux ensuite. Les accompagnants aident aussi à l’aménagement du logement afi n que les personnes ne vivent pas dans une coquille vide et prennent plaisir à se retrouver chez elles.

Un accompagnement ni normalisant ni hygiéniste
Les équipes du SAVS/SAMSAH et les référents de la résidence accueil doivent faire preuve de patience, de capacité d’évaluation et d’une forte individualisation de l’accompagnement. Pas question d’être trop normalisant ou hygiéniste, sauf en cas d’insalubrité ou de mise en danger ! Mais où mettre le curseur ?
La mise en place d’une relation de confiance et d’écoute est essentielle. Il est important de s’attacher à « faire avec » la personne le plus possible, à lui apprendre ou réapprendre les actes essentiels de la vie quotidienne. L’évaluation partagée permet également d’objectiver les difficultés, un logement mal entretenu étant souvent le signe d’une période de crise. Les réunions d’équipe, les groupes d’analyse des pratiques, les formations sur le handicap psychique et les rencontres avec les équipes de soins psychiatriques sont autant d’outils pour accompagner les personnes à surmonter leurs diffi cultés d’habiter. Elles sont aussi incitées à participer aux activités socialisantes proposées par le service afi n de les aider à rompre leur isolement.

(1) Service d’accompagnement à la vie sociale/Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés
(2) Le concept de résidence accueil, qui associe Maison relais et service d’accompagnement, a été créé pour adapter les pensions de famille aux spécificités des personnes en situation de handicap psychique.

 

Éric Sauvé
Chef de service du SAVS/SAMSAH de l’Haÿ-les-Roses et de la résidence accueil de Chevilly-Larue
Fondation des Amis de l’Atelier

Source : Dossier « Un lieu où (s’)habiter », Proteste n°139, septembre 2014

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