Prison : comment habiter un espace contraint

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La cellule de prison est un lieu d’habitation pas comme les autres. C’est un lieu contraint, comme peut l’être pour d’autres raisons l’hôpital, la caserne ou l’internat. Un lieu que l’on n’a pas choisi d’habiter et que l’on ne peut pas quitter.

Au cours de l’histoire, beaucoup de modèles architecturaux ont présidé à la construction des prisons. Dans l’occident médiéval le premier d’entre eux fut la cellule du monastère, lieu de réclusion et de pénitence où la nudité de l’espace devait permettre une introspection personnelle. Au début du XXème siècle, la cellule comme la prison devait refléter l’emprise du système carcéral sur l’individu : c’est le système de Bentham (1), système qui conduisit à penser que la peine de prison devait avant tout avoir une utilité sociale. La prison était alors construite de telle façon que le prisonnier ne pouvait jamais échapper à une surveillance totale, même quand il était au fond de sa cellule.

Humanisation du bâti
Aujourd’hui au XXIème siècle, les nouvelles prisons essayent de concilier une exigence de sécurité maximum et une certaine réhabilitation sociale du détenu par le bâti : « Même dans les endroits les plus difficiles, nous essayons de mettre de la lumière et des couleurs. Pour le projet de réhabilitation des Baumettes, à Marseille, nous avons conçu, pour l’entrée, une place des plantes et des bancs. À l’intérieur, nous avons implanté tous les codes de la ville, des rues, des agoras, de la végétation. » (2).
Les architectes se préoccupent maintenant davantage que par le passé du cadre de vie du détenu en utilisant des jeux de couleurs et en utilisant l’espace de telle façon que cela donne un certain sentiment de liberté malgré les murs et les barbelés. « À la maison de Rodez, qui a ouvert en 2013, les cheminements se font sur des passerelles permettant de voir au-delà du mur d’enceinte » (3). Le principe de base est donc de faire en sorte que la sensation d’enfermement soit la plus légère possible ou, en tout cas, que l’espace habité ne renvoie pas à la clôture. La contrainte est cependant là et malgré les efforts des architectes, peu de détenus considèrent de manière positive leur cadre de vie. La prison imprime les corps même si elle essaye de s’alléger sur l’espace.

Cellule et expression de l’intime
Certains détenus vont cependant personnaliser leur cellule et vont rivaliser d’ingéniosité pour rendre l’espace à leur mesure. Ils ramènent parfois des objets des ateliers, construisent des bibliothèques pour ceux qui ont beaucoup de livres, aménagent une sorte de cuisine pour les amateurs de bons plats, décorent les murs… Et chaque fois ils nous montrent leur cellule avec une certaine fierté, elle est différente de celle d’à côté. C’est par la singularité de leur lieu qu’ils essayent de s’affranchir de l’univers carcéral.
On peut toujours continuer à inventer de très belles prisons, ce qui comptera pour l’individu, c’est la manière dont il s’appropriera l’espace intime qui lui sera donné. Il est donc particulièrement urgent que l’administration pénitentiaire puisse offrir, à chaque détenu qui lui demande, une cellule individuelle. La promiscuité de beaucoup de nos maisons d’arrêt rend illusoire tout travail positif de réinsertion car le toit est souvent l’expression de l’intime et donc de la capacité de l’homme à rebondir.

(1) Jeremy Bentham, philosophe anglais, 1748-1832, père du courant philosophique appelé « l’utilitarisme ».
(2) Propos de Bernard Guillien, architecte, cité par le Monde dans l’article « Prisons nouvelles, prison modèles ? » du 7 juin 2014.
(3) Article du Monde déjà cité

 

Brice Deymié
Aumônier national des prisons

Source : Dossier « Un lieu où (s’)habiter », Proteste n°139, septembre 2014

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