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Les migrants : un parcours entre espoir et souffrances

Dans le monde, le nombre de personnes déplacées est de 740 millions. Parmi elles, on compte environ 230 millions de migrants internationaux, c’est-à-dire de personnes ayant franchi une frontière, soit environ 3% de la population mondiale. Ce taux, qui n’a pas évolué depuis 40 ans, signifie que l’immense majorité de la population mondiale (plus de 96 %) est sédentaire. Ceci montre également que parmi les personnes déplacées, l’immense majorité l’est à l’intérieur de son propre pays et ne migre pas vers un autre pays. Et quand les personnes quittent leur pays, c’est le plus souvent pour s’installer dans un pays voisin : les Somaliens au Kenya, les Soudanais au Tchad, les Afghans au Pakistan ou en Iran, les Syriens en Turquie ou au Liban, etc. En effet, seule une minorité des migrants (35% en 2013) se déplace des pays du Sud vers les pays du Nord. Les autres se rendent du Sud vers le Sud (36%), du Nord vers le Nord (23%) ou du Nord vers le Sud (6%). Ainsi, les pays pauvres ou en voie de développement accueillent les 4/5e des réfugiés dans le monde. La solidarité entre pays en voie de développement est donc bien supérieure à celle que les pays développés revendiquent.

GYEKENYES- OCTOBER 5 : War refugees at the Gyekenyes Zakany Railway Station on 5 October 2015 in Gyekenyes, Hungary. Refugees are arriving constantly to Hungary on the way to Germany.

Des causes d’exil diverses 
Les causes de l’exil sont principalement liées à des raisons économiques et à l’instabilité politique. Les régimes dictatoriaux, la montée du fanatisme religieux et les conflits généralisés conduisent les populations minoritaires et/ou victimes de répression  se déplacer. Dans le monde, 21 millions de personnes sont enregistrées en tant que réfugiés. Les Syriens, Afghans, Somaliens, Soudanais et Congolais font partie des populations les plus touchées. Les changements climatiques sont également un motif de déplacement : fonte des glaciers, désertification, montée des eaux, cyclones, inondations… L’Asie du Sud est considérée comme la région la plus touchée et recense 80% de l’ensemble des déplacés environnementaux. On estime à plus de 30 millions le nombre de migrants climatiques en 2010 et ils seraient, d’ici 2050, entre 200 millions et 1 milliard.

Des profils à l’encontre des idées reçues 
Contrairement aux idées reçues, les migrants qui vivent en Europe viennent plus souvent d’un autre pays européen que d’un pays tiers : sur les 33,5 millions de personnes nées en dehors de l’Union Européenne et vivant dans un État membre au 1er janvier 2014, 17,9 millions sont nées dans un autre État membre et 15,6 millions sont nées dans un pays tiers. De plus, presque la moitié des personnes migrantes sont des femmes. Et ce ne sont pas seulement des épouses qui suivent leur mari. En France, il y a autant de femmes étrangères célibataires que d’hommes étrangers célibataires. Et quand elles sont en couple, une fois sur trois c’est la femme qui part la première puis son conjoint qui la rejoint, et non l’inverse. Enfin, en 2013, 30 % des personnes qui ont migré vers les pays membres de l’OCDE (Organisation de coopérations et de développement économique) étaient diplômées de l’enseignement supérieur et cette proportion est en augmentation rapide. En France, par exemple 42% des doctorants sont étrangers.

Quelle situation aujourd’hui en Europe ?
Au printemps 2015, la série de naufrages au large des côtes siciliennes a entraîné une prise de conscience de la part des opinions publiques européennes quant aux dangers et à l’injustice des parcours migratoires. Cela a poussé l’Union européenne à prendre une série de mesures visant à la fois à renforcer les contrôles aux frontières et à répartir dans les États membres de l’UE les personnes ayant besoin d’une protection internationale par un plan de relocalisation des réfugiés. Ces mesures se déclinent autour de quatre axes :

  • le renforcement et la militarisation du contrôle des frontières extérieures, par exemple à travers l’augmentation des moyens dévolus à l’agence Frontex* ou la mise en place d’opérations comme EUNAVFOR Med**, ainsi que la lutte contre les passeurs sur qui l’UE rejette systématiquement la responsabilité ;
  • la mise en place de mécanismes provisoires pour répartir dans les États membres les personnes ayant un besoin « manifeste de protection internationale » arrivées en Italie et en Grèce et l’instauration d’un partage des responsabilités entre les États membres ;
  • la « coopération avec les pays d’origine et de transit » et l’attribution d’aides financières aux pays voisins de la Syrie, comme la Turquie, pour aider les pays à accueillir des réfugiés mais aussi surtout pour maintenir les personnes loin de l’UE ;
  • le renforcement des mesures pour expulser les personnes dont les États membres ne veulent pas, celles dont ils considèrent qu’elles n’ont pas le droit à une protection internationale.

Si pendant l’été 2015, une partie des discussions a porté sur la mise en place de mécanismes de répartition plus juste entre Etats membres pour l’accueil des personnes arrivant aux frontières de l’UE, le ton s’est nettement durci par la suite. Les priorités en matière d’« endiguement des flux migratoires » et d’expulsion, ont rapidement repris le dessus. Les discussions au sein de l’UE mettent aussi à jour les tensions et l’absence de solidarité entre les États membres, comme en témoigne l’impossible coopération avec la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque.

Et qu’en est-il en France ?

En 2015, alors que l’Union européenne a vu l’arrivée de plus d’un million de demandeurs d’asile (+75 % par rapport à 2014), la France a été moins concernée que l’Allemagne, la Suède ou l’Italie. Environ 79 130 demandes d’asile ont été enregistrées soit une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente. L’année 2015 a également été marquée par l’entrée en vigueur progressive de la réforme du droit d’asile. La loi a été définitivement adoptée en juillet, mais l’essentiel est entré en vigueur le 1er novembre 2015. La nouvelle loi comporte des avancées qui sont principalement liées à l’obligation pour la France de transposer les directives européennes. Mais la simplification et l’accélération des procédures n’ont pas pour unique but de protéger plus rapidement les réfugiés, elles visent aussi à désengorger le dispositif d’accueil et à expulser plus rapidement ceux dont la demande sera rejetée. Elles comportent des dispositions inquiétantes dont il conviendra d’examiner la mise en oeuvre avec vigilance.

Sarah Belaïsch,
Responsable des commissions et des actions à la Cimade

*Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des  États membres de l’Union européenne.
**Cette opération militaire vise à identifier, capturer et neutraliser les embarcations et les ressources utilisées par des passeurs.

 

Retrouvez le dossier consacré aux migrants dans la nouvelle formule de Proteste

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