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Journées Nationales FEP : comprendre le phénomène migratoire pour en relever ses défis

La Fédération de l’Entraide Protestante organisait les 1er, 2 et 3 avril dernier ses Journées nationales à La Rochelle sur le thème « Les migrants : Qu’as-tu fait de ton frère ? ». L’occasion pour la FEP et ses adhérents de partager expérience de terrain et éléments de compréhension et de réflexion.

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Consacrer des Journées Nationales aux migrants ne pouvait se faire sans donner une large part aux témoignages. La parole a ainsi été donnée à ceux qui agissent sur le terrain à l’instar de Lucile Mesnil, calaisienne bénévole auprès des migrants de la « jungle », d’Adrien Sekali, engagé dans l’accueil des réfugiés d’Irak et de Syrie, Martine Chauvinc, présidente du collectif d’accueil des réfugiés du Chambon-sur-Lignon et Anne-Marie Cauzid, responsable du réseau Esaïe. Ces interventions ont permis de redire l’importance de l’engagement bénévole et professionnel en faveur d’un accueil fraternel.
 
Les témoignages de Georges et Sabine, deux personnes migrantes, ont permis d’entendre les souffrances et l’incompréhension de ceux qui arrivent en France face au manque de liberté, aux interdictions multiples (de travailler, de se réunir, de voyager…), au rejet et à la méfiance. Tous deux ne comprennent pas que la France ait tourné le dos à sa tradition qu’ils avaient en tête, celle de l’accueil. Ils témoignent pourtant d’une formidable envie et impatience de s’en sortir, d’apprendre le français, d’apprendre un métier, de ne plus compter sur la générosité des bénévoles ou des structures qui les accueillent. Sommes toutes, « ils » sont comme tous les humains, comme nous tous : aimer, construire, espérer pour soi et ses enfants, vivre en liberté…ils représentent une force de vie, une ressource, une réciprocité pour notre propre vie ; la question migratoire est d’abord une question de la compréhension de notre fraternité.
 

« Ces interventions ont permis de redire l’importance de l’engagement bénévole et professionnel en faveur d’un accueil fraternel. »

 
La migration : une composante ordinaire de l’humanité
La table ronde réunissant Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, Antoine Durrleman, président du CASP, Didier Fievet, théologien et Colette Le Petitcorps, docteur en sociologie a permis de redire que la migration est une composante ordinaire de l’humanité et d’observer quelques vérités scientifiques, en particulier que la question migratoire concernait 2% de l’humanité il y a 50 ans et 3% aujourd’hui, une évolution très relative et que 80% des mouvements migratoires mondiaux se font des pays du sud vers les pays en développement. D’autre part, les flux migratoires ne constituent pas un chaos : parfaitement connus et identifiés, ils sont aussi prédictibles; ce sont des « champs » connus, étudiés, analysés, constituant des réseaux homogènes identifiés à plusieurs dimensions: monétaires, criminelles, familiales, géographiques, etc.

Le choix des mots et le poids de l’histoire
Au-delà du constat scientifique, un constat pertinent a été dressé : celui de l’effet « larsen » des mots de la migration, qui reviennent en retard et déformés. La confusion est à l’œuvre, tant le champ est complexe et renvoie à notre propre parcours. Aussi faut-il décrypter patiemment avec nos interlocuteurs, mais aussi transgresser, dépasser le sens polémique des mots pour percevoir toute leur signification. Mais comment faire ? Peut-être en écoutant plus qu’en assénant nos propres explications : écouter les peurs et les questions cachées. La conférence publique de Gildas Simon, géographe, professeur émérite de l’Université́ de Poitiers, a quant à elle permis de rappeler quelques vérités historiques et géographiques. Le géographe a notamment attiré l’attention sur le fait que le christianisme s’est propagé grâce aux mouvements migratoires et non pas seulement par la vertu de la puissance de la Parole et que L’exode protestant vers les pays du Refuge (XVII et XVIIIème siècle) a constitué le plus important mouvement migratoire de l’époque. Autre rappel, au XIXème siècle, 15 millions d’Européens ont quitté l’Europe, et 10 millions sont revenus pointant par ce constat la nécessité de toujours parler de « soldes migratoires ». Enfin, cette conférence a permis de rappeler que la colonisation a tissé le fil, la trame des migrations d’aujourd’hui, nous renvoyant donc à notre responsabilité collective.
 

« Les témoignages de Georges et Sabine, deux personnes migrantes, ont permis d’entendre les souffrances l’inconfort et l’incompréhension de ceux qui arrivent chez nous »

 

Réaffirmer et changer
Ainsi, pour construire une pédagogie de l’accueil des migrants, il nous faudra nous appuyer sur ces vérités pour aller à la rencontre des opposants et de leurs peurs, pour construire ensemble un récit national inclusif, laissant la juste part qui leur revient aux migrants. Mais pour ce faire, même quand nous aurons dit qu’il n’y a pas « d’invasion », même quand nous aurons démontré qu’ils ont les mêmes gènes et les mêmes fondamentaux que nous, il nous faudra tout de même faire acte d’affirmation de notre histoire, moralement acceptable ou pas et faire preuve de courage politique, redire l’essentiel qui nous constitue : notre pays et notre projet collectif sont fondés sur des convictions, qui seules peuvent, si elles sont affirmées, redonner l’espérance. Probablement nous faudra-t-il aussi bousculer les habitudes : changer de vocabulaire (utiliser le mot d’arrivant plutôt que migrants ? ) ; changer nos façons de faire : plutôt que de critiquer, il nous faudra rencontrer, débattre et affronter les poncifs en la matière ; changer de rapport à l’histoire : celle-ci n’est pas le passé, mais le constituant de notre existence ; changer notre individualisme: c’est ensemble que l’on résoudra les problèmes, en partageant nos expériences ; changer notre rapport à l’humain : évitant les images, les symboles, les jugements, il nous faut mettre de la chair sur ces images : eux, c’est nous ; changer notre rapport à l’Etat : plutôt que de continuer à tout attendre le lui, il nous faut prendre notre part de risque ; changer notre méfiance en confiance : la peur de l’autre est alimentée par une pathologie du manque, qu’il nous faut interroger et combler. Seule la rencontre est capable de retourner cette spirale de peur ; l’investissement sur la relation est hautement rentable !
 

Retour sur les ateliers

Les temps de partage de savoir ont permis de nourrir la réflexion en les ateliers au sein desquels les participants ont pu poser les jalons de pistes opérationnelles et équilibrées au défi migratoire.
 
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  • Atelier 1 : L’accompagnement des parcours

Les participants se sont interrogés sur l’importance d’accompagner les parcours plutôt ou au moins autant que les personnes. Mieux comprendre leurs chemins en mettant des mots sur le fil de leur parcours. Ils ont également salué et encouragé l’engagement citoyen et bénévole et n’ont pas hésité à réaffirmer la responsabilité qui incombe aux pouvoirs publics en termes d’accueil, d’hébergement et de prise en charge des personnes migrantes sans pour autant négliger l’importance des négociations nécessaires entre les autorités et les associations pour la mise en place de dispositifs efficaces.

  •  Atelier 2 : Le regard de la société sur les migrants

Dans cet atelier consacré à la représentation des migrants dans l’espace public et plus particulièrement dans les médias, les participants se sont intéressés aux solutions à apporter pour permettre une représentation différente de la représentation anxiogène trop souvent véhiculée dans l’espace public. Pour ce faire ils ont rappelé l’existence et l’efficacité des arguments développés dans de nombreuses revues et guides tels que ceux proposés par la Cimade ou l’ACAT. Ils ont également rappelé l’importance des arguments historiques comme la promotion de la fraternité. Enfin, les participants ont réaffirmé l’importance des débats pour interroger sur la mise à jour de notre vivre-ensemble.

  • Atelier 3 : Ethique et politique

Dans cet atelier la réflexion c’est portée sur la posture de résistance des militants face aux freins politiques, aux peurs ou aux blocages sociaux, au respect de la dignité humaine et la fraternité qui poussent les individus, des collectifs à agir parfois en discordance avec la règlementation ou les conventions. Les participants se sont mis d’accord sur l’importance de construire de nouveaux plaidoyers notamment en utilisant les réseaux, car la crise actuelle rend nécessaire un dialogue et un enrichissement permanent, aussi bien entre militants ou acteurs de l’accueil des étrangers, que vis-à-vis des pouvoirs publics.

  •  Atelier 4 : L’action des entraides auprès des migrants

Les entraides sont souvent au premier plan de l’accueil des migrants et comptent parmi les acteurs les plus exposés aux questions migratoires. Les participants, après avoir dressé la liste des dispositifs d’accueil existants, se sont demandés comment évaluer la pertinence et l’efficacité de ces dispositifs d’accompagnement? Comment, également, gérer la fatigue et le découragement des bénévoles ? Et comment préparer au mieux l’accueil, interrogeant par la même la place que peuvent prendre les églises.

 

 

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