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La Fondation Diaconesses de Reuilly mobilisée pour l’accueil des migrants

En Charente-Maritime, la Fondation Diaconesses de Reuilly a développé plusieurs projets destinés à permettre l’accueil de personnes migrantes. Au-delà du projet d’accueil, c’est l’accompagnement de ces personnes qu’il faut savoir penser pour permettre à chacun de se reconstruire.

 

De Calais à Corme-Écluse !

La Préfecture de Charente-Maritime a sollicité la Fondation pour accueillir temporairement des personnes provenant de Calais et Dunkerque. L’objectif étant de les mettre à l’abri pour quelques mois et qu’elles puissent être accompagnées sur des demandes d’asile si elles le souhaitent. L’ancien couvent de Corme-Écluse, devenu un Centre d’Accueil et d’Orientation, a accueilli le 23 janvier 2016, 15 personnes d’origine iranienne, irakienne et soudanaise. Tous avaient un métier, une famille, une vie dans leur pays. Après avoir vécu, quelques temps à Calais ou Dunkerque, ils ont été soulagés de pouvoir vivre un peu de sérénité et de dignité dans les locaux mis à leur disposition.

Une mise en place rapide pour un accueil chaleureux
Dans l’urgence, nous avons équipé et aménagé les locaux avec les dons de particuliers, Emmaüs et l’Entraide Protestante. Les paroisses ont été d’un grand soutien en communication. Les restos du cœur ont anticipé l’ouverture de leur antenne et ont apporté une aide alimentaire. Une équipe a été recrutée. Dans un premier temps, la préfecture a souhaité une présence importante de jour comme de nuit, ainsi que du personnel pour aider à l’organisation de la cuisine. La configuration géographique et les craintes des habitants nécessitaient cette présence. Une intervenante sociale accompagne les personnes en fonction de leurs besoins : accès à des premiers soins, aide à l’organisation de la vie quotidienne collective, aide dans leurs démarches administrative, etc. Alors que les locaux, l’équipe et les bénévoles étaient prêts, nous avons été confrontés au refus des personnes de descendre du bus, car il leur avait été dit qu’ils allaient dans une grande ville. Presque tous voulaient repartir cette nuit d’arrivée, mais tous sont restés. Par chance, nous avions pu préparer ce projet et constituer une équipe de bénévoles très réactifs. Dès le lendemain, nous avons organisé des visites des alentours et avons essayé d’accueillir chaleureusement. Une volontaire en service civique est aussi venue en soutien de cette mission.

Premier bilan
A ce jour, la vie du groupe est assez paisible car ils ne sont plus que huit. La famille de quatre personnes et un monsieur ont fait le choix de partir sans déposer de demande d’asile. Deux autres personnes ont été réorientées vers des structures d’accueil de demandeurs d’asile. Les autres accueillis devraient progressivement être réorientés. Certains ont été convoqués à l’OFPRA pour un entretien sur les motifs de leur demande d’asile et attendent la décision (positive ou négative). A ce jour, il n’y a pas de nouvelles admissions prévues par la préfecture. L’équipe de bénévoles est toujours présente et toujours aussi investie (visites, jardinage, cours de français,…). Le centre social de Cozes propose des cours de français en complément des cours donnés sur Corme Écluse. Les personnes viennent juste de recevoir l’allocation demandeur d’asile et nous les aidons désormais à être plus autonomes.

 

Ouverture de deux Centres d’Accueil Temporaire Service Asile

Le 7 mars 2016, La Fondation Diaconesses de Reuilly a répondu positivement à l’appel des pouvoirs publics en ouvrant deux nouveaux centres d’Accueil Temporaire Service Asile (ATSA) à Saint-Xandre à côté de La Rochelle (10 places) et à Etaules à côté de Royan (15 places). C’est ainsi que 24 personnes particulièrement vulnérables sont arrivées de Grèce et d’Italie. Quelques jours après leur arrivée, un enfant est né à la maternité de Saintes. Ce n’est pas donc 24 mais 25 personnes qui ont été accueillies.

(c)Albert Huber

Premières semaines intenses
Ils sont Syriens, Irakiens, Erythréens. Il y a plusieurs familles et des hommes seuls. Ils parlent anglais, farsi , sorani , kurde. Les premières semaines ont été intenses, entre les consultations médicales et l’accompagnement psychologique. Certains ont été victimes de violences, d’autres ont perdu des proches, beaucoup sont traumatisés par les traversées en mer…Les troubles post – traumatiques les rendent vulnérables. Il a fallu faire cet accueil collectif, en définissant des priorités dans nos actions: urgences médicales, trouver des solutions pour les besoins vitaux.

Un accompagnement adapté
Il est plus difficile pour certains de communiquer car la barrière de la langue nécessite la présence d’un tiers. Le budget alloué par les pouvoirs n’est pas à la hauteur des besoins. Nous disposons de 15,65 € par jour par personne. Notre mission est d’offrir un hébergement et un accompagnement social et administratif. Nous avons une monitrice éducatrice, une intervenante sociale spécialisée en droit des étrangers et une coordinatrice, ressources faibles au regard des problématiques des personnes. Il faut donc inventer, construire avec le tissu associatif local et les bénévoles. Ceux-ci proposent des rencontres, des sorties, des cours de français et une collecte de dons en nature. Nous avons quelques bénévoles arabophones. Le réseau d’associations caritatives locales, telles que l’Entraide Protestante, le Secours Catholique, les restaurants du Cœur, Emmaüs sont mobilisés, ce qui nous a aidés principalement à équiper les locaux et à assurer une partie de l’alimentation. La Fondation a fait un appel aux dons, essentiel pour un accueil digne permettant de suppléer à l’allocation allouée qui ne démarre que plusieurs semaines ou mois après l’arrivée des personnes réfugiées, certains soins et traitements qui ne sont pas pris en charge, l’achat de nourriture, des produits d’hygiène et d’entretien, des tickets de bus, des cartes SIM pour tenir informés leurs proches ainsi qu’au financement de l’accueil d’un volontaire en service civique. La scolarisation des enfants s’est organisée facilement, en lien avec les services municipaux. Deux mairies ont fait un pot d’accueil à l’arrivée des personnes, geste à forte symbolique.

L’espoir de se reconstruire
Les procédures de demande d’asile ont commencé (rendez-vous au guichet unique à Poitiers, puis renouvellement du premier titre de séjour à la préfecture de la Rochelle). Le droit d’asile a été réformé cet hiver. Les procédures pour ces personnes «relocalisées» sont allégées et accélérées. L’application de la loi est donc adaptée à cette nouvelle situation. La mise en place de l’Allocation pour Demandeur d’Asile tarde du fait du débordement des services de l’état pour assurer la mise en place de la réforme. Le gouvernement a par ailleurs tenu ses engagements car huit personnes viennent d’obtenir le statut de réfugiés leur permettant de résider en France dix ans. La prochaine étape va être de préparer la sortie des personnes. Pour les huit ayant obtenu le statut de réfugiés, ils réfléchissent à leur lieu d’habitation et à leur projet professionnel. Ils sont contents et en même temps inquiets car ils ne connaissent pas suffisamment la France, sa culture, son fonctionnement et le français. Ils sont très assidus au cours de français car ils ont conscience que leur intégration sera facilitée s’ils maîtrisent davantage cette langue. Ils peuvent rester encore trois mois renouvelable s’ils en ont besoin. Les autres personnes sont donc dans l’attente mais entrevoient un espoir de se reconstruire et attendent beaucoup de la France.

 

Penser l’accompagnement

La complexité de ces projets est multiple et nécessite un accompagnement spécifique, un maillage territorial et des innovations co-construites. Sur ce point, il a été difficile surtout sur un des trois sites de cadrer les bénévoles. De nombreux visiteurs sont venus sur le lieu de vie sans prendre conscience du lieu privé des personnes. Il faut mettre en adéquation avec tact les besoins des personnes et l’investissement des bénévoles. La formalisation d’une convention de bénévolat ne suffit pas. Afin de respecter les personnes accueillies, de se protéger (histoires douloureuses parfois insupportable à entendre) une prise de recul est à faire. La communication entre l’équipe de professionnels et bénévoles est primordiale dans la conduite de ce projet. Les bénévoles ont besoin d’un minimum d’informations pour la compréhension des enjeux.

Fillette

Vivre ensemble
Nous avons laissé aux personnes la liberté de s’organiser de la manière qu’elles souhaitaient. Par exemple, sur Etaules alors que nous avons aménagé plusieurs logements pour les familles, le groupe a fait le choix de prendre ces repas en collectif. Sur Corme Ecluse, ils ont posé des horaires d’accès à la cuisine. La Fondation a fait une avance sur leur allocation. Les cours de français sont axés sur la vie quotidienne. Nous avons dû faire face à quelques personnes extérieures approchant les structures (plusieurs mouvements sectaires). Nous sommes vigilants à l’entourage relationnel que se créent les personnes. Une inter culturalité au sein d’un collectif, nécessitant de la médiation pour construire ce vivre ensemble.

Prendre en compte l’histoire locale, les acteurs politiques, le réseau associatif
L’événement a été très médiatisé. Nous avons dû répondre à de nombreuses sollicitations journalistiques les premières semaines et apprendre à communiquer. Les craintes et réticences exprimées par les habitants n’ont pas impacté les personnes accueillies. Sur chaque site, il faut composer assez finement et co-construire avec les volontés locales. Sans la solidarité citoyenne, ces projets n’auraient pas autant pris cette dimension humaine pleine de fraternité. Cette aventure humaine riche d’expériences et de partages. L’engagement de chacun permet de proposer aux personnes des rencontres. Offrir un hébergement ne suffit pas. Il nécessite aussi un soutien et un maillage humain adapté à chacun. En Charente- Maritime, outre les moyens limités attribués, il manque de dispositifs pour l’accompagnement de ce public: pas assez d’interprètes (notamment en farsi), pas de cours de français possible avant plusieurs mois sur l’extérieur sur certains sites, pas de dispositifs d’insertion pour la sortie, pas de droit au RSA avant 25 ans,….Nous sommes en lien avec plusieurs collectifs qui souhaitent s’engager auprès de la Fondation dans ce projet: un collectif d’une cinquantaine de bénévoles, un comité anti- expulsion, un artiste… Il y a beaucoup d’idées, de tâtonnements …. Sans se substituer à la responsabilité de l’état, des projets de soutien aux réfugiés peuvent être pertinents. Au-delà-de la réponse aux besoins des personnes, ils sont source de lien social et peuvent renforcer/développer les valeurs laïques.

Audrey Milcendeau,
Chargée de mission à la direction régionale Fondation Diaconesses de Reuilly

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