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Vivre à Calais : ce n’est pas ce que vous croyez !

Au Moyen-âge, Calais était déjà au cœur des conflits entre la France et l’Angleterre ; souvenons-nous de l’histoire des « Bourgeois de Calais ». Au XXIème siècle se joue malheureusement celle des « migrants de Calais » ! Autrefois, les chroniqueurs de l’époque relataient faits et épopées dans les chansons de geste. Aujourd’hui, difficile de se fier aux médias pour se forger une opinion tant les images véhiculées alimentent toujours le même éclairage sombre de cette situation. Il nous a semblé intéressant, au cours des Journées Nationales, d’entendre le témoignage de Lucile Mesnil. Habitant à Calais depuis de nombreuses années et engagée sur le terrain avec son mari.

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Ce que nous ne voyons pas !
Je voudrais simplement apporter notre témoignage, dire ce que nous voyons (ou ne voyons pas !), ce que nous vivons (ou ne vivons pas !) en habitant à Calais. Contrairement à tout ce qui a été dit, les migrants ne nous gênent pas dans notre vie quotidienne, nous pas plus que la très grande majorité des Calaisiens. Par contre, ce qui gêne un certain nombre d’entre nous, c’est de savoir ces hommes, ces femmes, ces enfants dans des situations très difficiles, dans une impasse où pour atteindre leur but, pour aller au bout de leur rêve, il faut prendre des risques chaque nuit : se faufiler le long de l’autoroute pour se glisser à bord d’un camion, marcher le long des rails de chemins de fer, escalader des murs de barbelés toujours plus hauts, toujours plus dangereux pour embarquer à bord d’un bateau… Et tout ceci en évitant les policiers très nombreux qui délogent sans ménagement les contrevenants en leur disant: « Go to the jungle!» comme on dirait à un chien « Va à la niche ! »

Le parti-pris des médias : la boue, la misère, l’indignité
Les médias ont souvent préféré montrer le petit club très fermé des «Calaisiens en colère» ou des « Sauvons Calais » qui ne sont pas représentatifs de l’ensemble. A côté de ces extrémistes très minoritaires, souvent eux-mêmes en situation sociale difficile, il y a la plus grosse partie de la population qui oscille entre une indifférence raisonnable et la lassitude que la ville de Calais ne soit vue maintenant un peu partout que sous l’angle de la question migratoire. L’une des vétérantes de la paroisse protestante me disait encore récemment « Vous comprenez, Lucile, nous étions par la dentelle en lien avec le monde entier!» Alors aujourd’hui, que le monde entier arrive à Calais et soit refoulé par les Anglais, vous comprendrez que le Calaisien, lui, ne comprend plus ! Pourtant l’image de la ville est loin d’être salie par la présence des migrants et il serait bon que les médias témoignent de tous ces élans de solidarité suscités par cette situation si complexe qui se vit à Calais.

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Calais, lieu de solidarité
Depuis 20 ans, de très nombreuses initiatives ont vu le jour pour accueillir et aider. Individuellement ou au sein d’associations, beaucoup de Calaisiens et de personnes venues de tout le Pas-de-Calais donnent des coups de main à ces personnes étrangères, sans arrière pensée, sans avoir peur. Depuis longtemps, beaucoup d’aides (vêtements, nourriture, argent) arrivent à Calais de toute la France. L’été 2015, avec l’afflux de personnes en provenance de Lampedusa, puis du Proche Orient, la solidarité a dépassé les frontières: le week-end, en particulier, les camionnettes hollandaises, belges, et anglaises chargées de toutes sortes de matériel apportent aux associations locales du ravitaillement ou même distribuent directement aux migrants. Les Anglais en particulier, comme pour contester l’attitude de leur gouvernement ont énormément contribué à sortir les migrants de la boue et de la précarité extrême.

Elan de solidarité et plein d’espérance
Les médias ont souvent préféré montrer la «jungle» avec la boue, les détritus, les tentes abandonnées … Il ne faut pas oublier que le mot «jungle» qui a été introduit par les Afghans et les Pakistanais ne signifie pas un lieu sans foi, ni loi mais très exactement dans les langues de l’Inde et de la Perse «une forêt touffue» car, à plusieurs reprises, les migrants ont trouvé refuge dans des bois du pourtour de Calais. A Calais le mot « jungle » est devenu synonyme de lieu d’asile pour les migrants même quand, comme aujourd’hui, il s’agit d’un vaste terrain vague, mouillé et sablonneux, qui a longtemps servi de décharge sauvage. Grâce à l’aide des Associations, ce lieu insalubre, situé très en dehors de Calais, a été peu à peu dominé, organisé pour devenir une véritable petite ville avec ses rues, ses quartiers, ses espaces publics. Des espaces de rencontre, de fraternité se sont installés ; des commerces ont vu le jour ; des Eglises ; des bibliothèques ; des écoles. Des inscriptions parfois pleines d’humour, des dessins caricaturaux, tout un art créatif a éclos sur la jungle ! C’est de cet éclairage, de cette réalité dont nous souhaitons témoigner, véritable élan de solidarité et plein d’espérance !

Lucile Mesnil,
Calaisienne, bénévole dans la jungle de Calais

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