Eglise et Entraide, un lien indissoluble

Le pasteur Martin Luther King déclarait : « Toute religion qui proclame son souci des âmes, mais ne se soucie pas des taudis qui condamne ces âmes, des conditions économiques qui les étranglent et des conditions sociales qui les paralysent, est une religion stérile et morte, une religion bonne à rien.» soulignant ainsi le lien indissoluble entre la vocation spirituelle et diaconale de l’Eglise. Mais, qu’en est-il aujourd’hui ? Comment Eglises et entraides réussissent-elles à coopérer ? Pour y répondre, entretien croisé entre Denis Heller, pasteur de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF) et  Dominique Sabel, président de l’association Passerelles – ABEJ de Vannes.

 

Quelle place occupe l’entraide dans le projet de votre Eglise ?  

Denis Heller : La dimension de l’entraide fait partie intégrante de la vie de l’Église. Au regard du double commandement de l’amour qui est au cœur des Écritures, l’amour de Dieu ne peut être dissocié de l’amour du prochain en actions. Cette conviction d’ordre spirituel a été souvent travaillée au travers de démarches synodales qui ont donné lieu à des réflexions et approfondissements au niveau des Églises locales. Cette réalité diaconale de l’Église s’exprime de différentes manières : engagement citoyen, associatif de chacun de ses membres dans le monde de la cité ; entraide interne de soutien entre membres au sein d’une communauté ;  actions d’entraide tournées vers l’extérieur auprès de populations défavorisées.

Dominique Sabel : La création de l’association Passerelles est une des traductions fortes de notre projet d’église dont les maîtres mots sont : « une église ouverte aux préoccupations et besoins de la cité, une église qui accueille, une église qui est en relation avec les autres églises, les associations… ». Le nom « Passerelles » a volontairement été choisi pour témoigner de cette volonté d’établir des ponts entre l’église et la société dans laquelle nous vivons, des ponts entre habitants, quel que soit leur situation, leur nationalité, leur religion, leurs convictions. La vie de l’église est donc étroitement liée à notre projet social : l’église est implantée localement dans un quartier populaire de Vannes où vivent de nombreuses familles de migrants et où sont accueillies ces familles dans un hôtel. C’est pour l’église une manière de vivre concrètement l’Évangile dans ses conséquences et implications pratiques.

 

Quelles liens existent ou devraient exister entre l’Eglise et les œuvres ?

Denis Heller : Le lien vital entre Entraide et le reste de la vie paroissiale doit sans cesse être entretenu. Cela passe par des informations sur les situations rencontrées et les actions menées, dans le journal paroissial, lors des annonces au culte. La prière et la prédication sont nourries par les actions et les réflexions de l’Entraide. En sens inverse, celles-ci sont portées par l’élan de la Parole prêchée et méditée. Des appels à toutes les bonnes volontés sont lancés pour des actions communes (banque alimentaire, repas pour SDF, soutien financier pour un projet international). Une deuxième collecte à la sortie du culte peut être destinée à l’Entraide. Un ou des cultes peut être assuré par l’équipe des bénévoles. Sur un plan institutionnel, pour favoriser ce va et vient entre l’Entraide et le reste de la vie paroissiale, un ou plusieurs membres du Conseil presbytéral ainsi que le pasteur font  souvent partie du Conseil d’administration. De même fréquemment les Assemblées générales se font suite.

Dominique Sabel : Les membres de l’église qui le souhaitent sont encouragés à s’impliquer dans l’association et à la soutenir, ils sont informés régulièrement des actions menées. L’église est ouverte à tous, certaines familles aidées ont émis le souhait de participer aux activités de l’église et certaines personnes aidées se sont à leur tour investies dans les activités de l’association.

 

Concept of teamwork: Three jigsaw puzzle pieces on a table joint together. Shallow depth of field

Comment abordez-vous la question de la différentiation entre associations loi 1901 et associations loi 1905 ?

Denis Heller : La loi française est ainsi faite qu’elle impose la séparation entre le cultuel et le diaconal ; comme si le corps qu’est l’Église était imputé des ses bras et de ses jambes. Tout en nous conformant à la législation, il nous faut recoller les morceaux dispersés ; paroles et actions font un tout indissociable. Dans les actions tournées vers l’extérieur, l’accueil n’est pas conditionné aux origines  ethniques, ni religieuses. On s’interdit un témoignage explicite de l’Évangile même si le sujet peut être abordé à la suite d’une interpellation de la personne accueillie. L’entraide et en particulier l’accueil exercé constituent un « Evangile en actes. ». L’entraide est ainsi un témoignage de l’Évangile de la communauté toute entière d’autant qu’elle est le lieu d’engagement tout trouvé de  membres de la paroisse. A noter que les équipes de bénévoles accueillent bien volontiers des personnes extérieures à la paroisse qui se reconnaissent dans le regard porté sur l’humain.

 

Comment les paroisses et les entraides peuvent coopérer  pour dynamiser et porter des projets ensemble ?

Dominique Sabel : En Bretagne, les baptistes ont été très impliqués dans la création d’une structure d’accueil social d’enfants, à Trémel. De même, la création de l’association Passerelles a commencé par une rencontre avec un bénévole de l’entraide protestante de l’EPUF de Vannes et de notre souhait commun d’aider matériellement une famille de migrants. Au fil des mois, le nombre de familles a grandi, et nous avons souhaité créer une association ABEJ. Ce projet nous a permis de travailler en collaboration étroite et de manière structurée avec l’entraide protestante de l’EPUF et de pouvoir sensibiliser les églises évangéliques sur l’implication sociale auprès des migrants notamment, ce qui a créé des liens entre églises pour des actions communes (parrainage de familles, hébergement d’urgence, repas des migrants, cadeaux de Noël pour les enfants, soutien financier, etc.). Ce projet nous a permis également d’être en relation avec d’autres associations, des collectivités locales et de mener des actions communes en collaboration, ce qui est également un des points fort de l’association d’entraide. C’est aussi une manière de démontrer que les protestants, et parmi eux les évangéliques, ne sont pas repliés et isolés dans leur église, leur sphère « spirituelle », leur activité « d’Église » mais font partie intégrante du « paysage » local en apportant leur spécificité, en se préoccupant du « bien commun », de la cité dans laquelle ils vivent et ont la capacité de travailler en collaboration et de mener des projets communs dans le respect de chacun.

Sur le même thème