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L’Armée du Salut au bagne, pionnière de l’action sociale

Depuis ses origines, l’Armée du Salut intervient au service de tous les laissés-pour-compte ; les détenus ne font pas exception. Elle a ainsi activement participé, à partir des années 1920, à la réinsertion des détenus du bagne de Guyane et à sa fermeture définitive, en 1953. Une action portée en particulier par Charles Péan durant plus de vingt ans.

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Si l’indifférence de l’opinion publique au sort des détenus du bagne de Guyane (lire encadré) n’est pas totale avant les années 1920, le reportage qu’y réalise Albert Londres en 1923 rencontre un fort retentissement. Ce cri d’alarme est relayé par d’autres voix, en particulier par l’Armée du Salut, dont l’action sociale en France se développe à cette époque. En 1928, le gouvernement l’autorise à mener sur place une enquête sur les conditions de vie des forçats ; ce sera le combat du jeune Charles Péan. Polyglotte et animé d’un grand esprit d’ouverture, ce dernier se découvre une vocation de salutiste à 18 ans et entre à l’école des cadets des officiers de l’Armée du Salut.

« Ces malheureux sont en moi, je porte leur misère »

Dans son rapport, publié plus tard sous le titre Terre de bagne, Charles Péan décrit les conditions indignes de vie, la corruption et l’injustice du bagne et souligne la nécessité d’implanter une œuvre sociale. Dans les années qui suivent, il anime en France une intense campagne d’opinion et organise plus de 600 réunions. En 1932, l’Armée du Salut reçoit l’appui du ministre des Colonies pour mener à bien son action. Charles Péan, avec d’autres missionnaires de l’Armée du Salut, est à la manœuvre : à Saint-Laurent du Maroni et à Cayenne, ils créent un foyer et des ateliers où tout travail est rémunéré. Sur la presqu’île de Monjoly, ils fondent une ferme et un centre d’assistance par le travail pour les libérés. Les revenus dégagés permettent l’achat des billets de retour vers la France. En métropole, la campagne abolitionniste, appuyée entre autres par le député Gaston Monnerville, trouve son épilogue avec le Front populaire en 1936 et la promulgation du décret-loi de 1938 supprimant la transportation (lire encadré). Dès 1936, l’Armée du Salut épaule le retour et la réinsertion des libérés en France, mais la guerre interrompt cette action. Alors que la Guyane devient finalement département français en 1946, le rapatriement des derniers milliers de détenus est confié à Charles Péan. Ils sont nombreux à être accueillis par l’Armée du Salut en Normandie, au château de Radepont, légué en 1939. Ce lieu restera par la suite un important centre de réinsertion sociale. Cette action de l’Armée du Salut auprès des détenus et des personnes judiciarisées se poursuit  aujourd’hui.

Françoise Moulin / Olivier Ghezzani,
Responsable éditorial Fondation de l’Armée du Salut

 

Le bagne de Cayenne en quelques chiffres 

70 000 prisonniers en un siècle

A partir de 1854, sont détenus au bagne de Cayenne

  – les déportés (détenus politiques) ;

                             –  les transportés (pour la plupart des criminels condamnés aux travaux forcés, employés à l’action coloniale en Guyane) ;

et, à partir de 1885, les relégués (essentiellement des délinquants multirécidivistes éloignés définitivement du territoire métropolitain).

Regroupés à la citadelle de Saint-Martin en Ré avant de traverser l’Atlantique, plus de 70 000 prisonniers ont ainsi été conduits en Guyane en un siècle, et seuls 7 000 ont survécu. Ces derniers, une fois leur peine purgée, étaient en outre voués à rester sur place, puisque sans argent pour payer le voyage du retour.

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