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Monsieur le Président, donnez-nous les moyens de lutter contre la pauvreté!

Ce texte est l’aboutissement d’un processus d’écriture collective engagé à l’issue du Colloque international « Construire les politiques de lutte contre la pauvreté urbaine à partir du terrain ? », organisé le 4 et 5 juillet 2019 à Paris. Ce colloque réunissait des personnes en situation précaire, des professionnels de l’action sociale et de l’insertion, des militants associatifs et des chercheurs en sciences sociales.

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Il y a un an, presque jour pour jour, vous présentiez le dernier « Plan Pauvreté » de l’Etat français. Il est difficile de faire un bilan précis des mesures annoncées mais la pauvreté et les inégalités sociales n’ont cessé de s’accroitre ces dernières années (Observatoire des Inégalités 2018). La gravité de la situation nous invite, nous, personnes en situation précaire, professionnels de l’action sociale et de l’insertion, militants associatifs et chercheurs travaillant sur la pauvreté à vous écrire pour rappeler l’importance des acquis sociaux dans la lutte contre la pauvreté et pour proposer des pistes d’action à partir de notre expérience du terrain.

1 – Il faut défendre les acquis sociaux, de notre point de vue davantage mis à mal que renforcés par les réformes en cours. Premier rempart contre la pauvreté, l’Etat social contribue fortement à l’économie et à la survie des territoires locaux, en même temps qu’il offre des ressources indispensables pour sortir de la pauvreté. Dans cette optique, le principe d’inconditionnalité dans l’accès aux droits sociaux pour les personnes en détresse est évidemment primordial. Rappelons encore que seul ce principe est de nature à assurer le respect de l’égalité, valeur cardinale de notre République, inscrite dans notre Constitution et internationalement proclamée.

2 – Les pouvoirs publics peuvent et doivent davantage soutenir les initiatives locales. Loin de rester les bras croisés comme on peut l’entendre dire parfois, les personnes en grande précarité multiplient les initiatives, en particulier dans le secteur informel (recyclage, réparation, commerce). Il faudrait par conséquent plus de tolérance par rapport à ces activités qui, même si elles n’entrent pas dans le cadre réglementaire, constituent un levier très utile pour subvenir à ses besoins et pour sortir de la pauvreté. Les initiatives des professionnels de l’action sociale et des acteurs associatifs sont aussi très importantes : dans bien des cas, elles aident les personnes en grande précarité à lever les obstacles institutionnels et à accéder à des ressources supplémentaires, tout en facilitant leur intégration au sein des quartiers ou des territoires de proximité. En outre, de nombreuses initiatives locales permettent de développer le savoir dispensé par les personnes concernées, un savoir dont la connaissance est indispensable avant toute action. Or, l’expertise qui découle de ces expériences qui associent de nombreux acteurs de terrain (personnes en situation précaire, collectifs ou simples citoyens engagés, chercheurs en sciences sociales) reste trop peu reconnue par les pouvoirs publics et peu utilisée dans la formation initiale et/ou continue des professionnels ainsi que des cadres administratifs en charge des politiques de lutte contre la pauvreté.

Toutes ces actions demandent de l’énergie, du temps et par conséquent des moyens. Ces derniers manquent de plus en plus à cause des coupes budgétaires dans le champ de l’action sociale. De plus, le temps dont disposent les acteurs de terrain est de plus en plus limité en raison d’un système bureaucratique toujours plus pesant et chronophage, et fractionné par la généralisation des financements sur projet. D’où la nécessité de simplifier les procédures, d’envisager des sources de financement pérennes pour l’action sociale et pour l’expérimentation de nouveaux dispositifs si l’on veut respecter le temps long de l’insertion sociale et économique tout en se donnant la possibilité de travailler dans de bonnes conditions.

3 – Lutter contre la pauvreté implique d’investir davantage dans l’humain. S’il ne faut pas rejeter en bloc les outils numériques, la dématérialisation renforce les inégalités d’accès aux services publics et aux droits en excluant les personnes en situation de précarité. De plus, le face à face est indispensable pour construire des relations de confiance et adapter la solution institutionnelle aux besoins des personnes. Plus que dans le numérique, c’est donc dans l’humain qu’il faut investir si l’on veut vraiment lutter contre la pauvreté. Investir dans l’humain n’est toutefois pas qu’une question de moyens : cela signifie aussi de prendre les gens au sérieux. C’est d’ailleurs la seule voie à suivre si l’on veut leur permettre d’être des citoyens à part entière ! Dans les faits, les personnes en situation précaire sont, au mieux, invitées à témoigner ou à donner un avis. Quant aux professionnels, de plus en plus soumis à la pression des managers qui dirigent désormais l’action sociale, ils sont souvent démotivés et épuisés.

Monsieur le Président, le dilemme devant lequel se trouvent aujourd’hui les pouvoirs publics nous semble bien être le suivant :

1) Faire des économies de moyens en faisant des coupes budgétaires, en investissant dans les outils numériques davantage que dans l’humain, et en appliquant des méthodes managériales peu respectueuses des personnes. Mais ne risque-t-on pas alors d’accentuer les situations de précarité et les tensions sociales, voire de provoquer une nouvelle crise sociale et politique ?

2) S’engager plus nettement dans la lutte contre la pauvreté, ce qui implique de reconnaitre, davantage qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, l’inconditionnalité de l’accès aux droits sociaux pour les personnes en situation précaire, de porter un regard véritablement positif sur les personnes en situation de pauvreté et sur leurs soutiens, et de mettre en œuvre les moyens adéquats.

L’Etat en est sûrement capable puisque la richesse nationale, au même titre que la pauvreté, a progressé durant les deux dernières décennies.

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